La Recherche Libre

De CNRLIB
Aller à : navigation, rechercher


A la fin du XXème siècle, au moins trois aspects nouveaux ont fait sortir la Recherche du seul cadre universitaire :

  • le niveau des budgets de la recherche se diversifie et les recherches se multiplient ce qui réclame (contrats) puis incite (crédit impôt recherche) à une extension vers le secteur privé déjà fortement engagé lors de l'effort de guerre américain, avec l'apparition du complexe militaro-industriel.
  • la transdisciplinarité et plusieurs secteurs scientifiques outrepassent le champs d'investigation des enseignants-chercheurs publics [1] (research professors) d'une seule université ou le champs universitaire lui-même, lorsque le domaine d’expérimentation est politique, international ou concerne une dynamique de recherche et développement, ou une polémologie, où sont étudiés :
  • l'ingénierie d'applications interactives aux résultats par des developpants-chercheurs industriels [2] : c'est la recherche appliquée (applied research)
  • les effets des décisions ou de l'influence des utilisateurs/décideurs, eux-mêmes intervenants-chercheurs civils [3] : c'est la recherche impliquée (involved research).
  • l'expérience technique et sociétale des Logiciels Libres, le mouvement associatif, l'apparition du troisième âge retraité actif et sa capacité de contribution éclairée, etc. ont concouru à la montée en puissance du phénomène de la "contribution", comme production professionnelle non rémunérée [4], mais aux multiples motivations personnelles [5].


Il s'agit de domaines, encore incomplètement explorés, compris, acceptés et intégrés mais commençant à pris en compte (cf. Charte publique des Sciences participatives du 20 mars 2017). S'y ajoute de plus en plus le phénomène de la facilitation cobotique, qui étend les capacités physiques, mais aussi mentales et méthodologique de chacun, par les effets de la catalyse intellectuelle de l'informatique, l'accroissement de la mobilité des informations, des biens et des personnes et l'émergence mnématique (la résonance diktyologique [en réseau] des traces mémorielles).

"Qui cherche trouve" : c'est ainsi qu'aux côtés des stratégies d'investissement recherche publique et privée, s'ajoute de plus en plus une curiosité pertinente de recherche contributive libre, individuelle ou associative, et donc civile, et souvent sans frontière.

C'est, dans l'intérêt commun, à rendre efficaces, dans le quotidien du développement, les capacités et les contributions utiles des membres de ce "colloque numérique de la recherche libre" que nous nous attacherons ici.


  1. financés par l'Etat et donc la collectivité.
  2. financés par le crédit-impot recherche.
  3. non reconnus, non aidés, rançonnés par les éditeurs :-) ...
  4. Nous sommes en train de finaliser une recomposition sociale à cinq âges "flous" : éducation, production, contribution, protection, continuation posthume.
  5. les premières d'entre-elles étant une simple hygiène intellectuelle de survie, et l'intérêt de bon sens du retour sur expérience acquise à frais sociétalement commun.
____________________


Les citations qui viennent sont d'auteurs qui ont été cités et dont certaines parties ont été modifiées ou commentées pour les adapter à un discours général convergent. Les parties modifiées sont signalées.

Il s'agit d'une exploration ouverte.

____________________


D'après : Recherche libre (Emmanuel Bobu)



La recherche n’est pas une activité ordinaire : explorer le grand inconnu ne consiste pas en une activité systématique, mais suppose, pour être efficace, une remise en question dans de multiples domaines. Aussi la manière de chercher, s’organiser ou encore le fonctionnement de l’esprit en recherche, tout cela constitue des zones à explorer très fructueuses. Notre vision mécaniste et notre modèle industriel poussent notre société à gérer la recherche comme la production de yaourts, c’est à dire comme si le processus de production était maîtrisé, reproductible et optimisable par quelques procédés managériaux. Souvent aussi le chercheur doit aussi s’impliquer en profondeur dans ce fonctionnement mécaniste
  • [en perdant un temps fou à documenter des dossiers de demande de financement dont la logique n'est pas celle de sa recherche, et la spécialisation bien top en deçà de sa multidisciplinarité courante].
  • en fournissant un enseignement standardisé et en effectuant un calibrage d’humains qui en fin de chaîne seront directement consommables sur le marcher du travail.
Ainsi notre société tend à canaliser l’esprit aventurier du chercheur dans des comportements compréhensibles et maîtrisés par sa hiérarchie [par essence en amont de ses recherches]. Des siècles de science nous ont montré à quel point le cadre de la recherche est déterminant: que ce soit le cadre culturel ou le cadre matériel. S’il existe bien un domaine passionnant, nécessaire et extrêmement puissant, c’est dans la compréhension et la modification du cadre de la recherche. S’il existe bien des personnes à même d’étudier, expérimenter et modifier ce cadre [que nous appellerons le "livisa" (lieu de vie et de savoirs)], ce sont bien les chercheurs.
Si, à la place de participer à cette course folle poussant à une rentabilité sur des critères viciés et à court terme, le chercheur réfléchissait à ce qu’il désire profondément, à l’influence de sa culture sur son esprit, à son fonctionnement, au fonctionnement de la société, etc., alors il pourrait bien comprendre que cette démarche est d’une grande rentabilité selon des critères beaucoup plus sains. Il pourrait bien prendre conscience de l’enfermement psychologique qu’il subissait, de l’importance de sentir des perspectives d’avenir joyeuses pour mener une recherche réellement efficace ou encore de l’importance de la place des chercheurs dans l’orientation de notre culture.
Laisser la maîtrise du cadre de recherche au système économico-politique qui nous gouverne est un non-sens, car ce système n’est pas maître de son propre destin. Il ne fait qu’appliquer inlassablement les mêmes idées [que le rôle de précaution sociétale du chercheur est précisément d'adapter au niveau de ce qu'il découvre et observe]. L’exploration du monde des idées représente justement la partie de notre société susceptible d’apporter des orientations nouvelles, et donc même sa partie professionnelle ne doit pas être tant bridée par les intérêts économico-politiques à court terme.
La recherche scientifique et le pouvoir politique [sont liés par une coopérance]: le pouvoir [assure] les moyens matériels [et la protection de la paix de travail, sociale et personnelle du chercheur], en contrepartie de quoi le pouvoir contrôle la recherche et est allié à une activité bénéficiant d’une grande estime dans la population. [Ceci réclame à la recherche de s'affranchir en permanence du joug sociétal de la pensée commune du temps, et de prendre] ses libertés face à un système de gouvernance ayant une vision à court terme et centrée sur la stabilité des pouvoirs [dans un monde dont a la mission de voir l'évolution]. Cela n’implique pas de conflit, mais simplement des activités parallèles au travail demandé [de concertation] pour comprendre, expérimenter, s’auto-organiser [ensemble].


D'après : Rémi Quirion, "Scientifique en Chef" du Quebec



Il est impératif d’encourager la recherche scientifique libre et non ciblée, car il est très rare que les grandes découvertes scientifiques soient le fruit d’une «com­mande». Elles sont plutôt dues au labeur acharné de chercheurs [de tous âges] travaillant seuls dans des laboratoires [personnels].
[] L’innovation a toujours été synonyme de recherche libre.
  • Le Québécois Ralph Steinman, qui a récemment reçu le prix Nobel de médecine, a fait une découverte fondamentale: il a mis en évidence l’existence des cellules dendritiques du système immunitaire. Et grâce à cela, il a contribué à l’essor de l’industrie des vaccins.
  • Le chercheur israélien Daniel Shechtman, qui vient de recevoir le prix Nobel de chimie, a aussi fait une découverte scien­tifique révolutionnaire: les quasi-cristaux, des configurations atomiques que l’on pensait impossibles. Or, les quasi-cristaux sont utilisés dans la fabrication des poêles à frire ou des moteurs diesels, soumis à de très fortes températures et pressions.
Ces deux découvertes ont des retombées commerciales très importantes, mais elles n’ont pas été faites dans ce but.


Yves Roucaute : réponse à des questions sur la décadence française



Mai 68 fut un moment de la vie de l’esprit de la nation, celui où elle mit en doute ses certitudes. Il fut un certain bouillonnement dont certains aspects furent positifs, car il ouvrit le pays sur de nouvelles formes d’art, de nouvelles perspectives scientifiques, de nouvelles exigences d’organisation de vie et de communication transversale et horizontale contre la vision pyramidale et fermée du monde. Songeons seulement au fait que la télévision était réduite à une télévision d’Etat, contrôlée par le pouvoir politique, que les radios libres étaient interdites, que l’administration se pensait au-dessus des lois du monde ordinaire au point d’intervenir dans l’anonymat.
Mais ce bouillonnement fut aussi une sorte de retour à l’adolescence, un moment de dérèglement moral où le relativisme régna jusqu’à ne plus savoir hiérarchiser, jusqu’à ne plus reconnaître le maître de l’élève, le comportement citoyen du comportement incivique, les règles d’assimilation du laxisme, jusqu’à ne même plus savoir, malgré la Shoah, malgré les camps, malgré les massacres sur le globe, malgré les attentats contre des populations civiles, qu’il y a du Mal et pas seulement du mal relatif. Sans doute fallait-il en passer par cette phase d’adolescence pour que notre société redevienne mature alors que la troisième révolution industrielle approchait.
Mais le malheur de notre société est que certains dirigeants, à gauche et parfois à droite, ne sont pas sortis de cette adolescence tandis que d’autres, conservateurs, croient s’en être sortis en rêvant d’un retour en arrière.
Un Georges Pompidou avait pourtant ouvert la voie post 68. Il sut prendre en compte les nécessités d’ouvrir plus encore la France au monde tout en préservant le conservatisme des valeurs universelles, le mode de vie et la recherche de la puissance. Pas facile. Il fut en quelque sorte le premier néoconservateur français, car il savait cette conjonction de la morale universelle, du patriotisme et de l’ouverture au monde et aux sciences. C’est sans doute pourquoi, catholique, comme l’était le général de Gaulle, il ne se laissait pas embarquer dans des débats inessentiels dont la gauche est spécialiste, des débats dits « de mœurs », faute de pouvoir affronter les défis majeurs de la France. Malheureusement il disparut trop tôt. Et l’on vit ainsi persister l’esprit soixante-huitard et bientôt arriver une armada de fonctionnaires relativistes, abordant le politique par la gestion au lieu de l’être par une stratégie de puissance, plus préoccupés par leur carrière que par la grandeur du pays, jugeant le pays à l’aune de leur médiocrité.


Aujourd’hui le système est à bout de souffle. Ajouter d’autres textes aux 400 000 textes réglementaires et aux 8 000 lois n’y pourra rien changer. Pas même sur la question de l’identité. Nous souffrons d’un Etat mal pensé, incapable d’assurer ses fonctions régaliennes classiques, poussé à une intervention intempestive au nom d’une solidarité mal pensée, avec une redistribution qui passe à côté de son objectif, une dette publique qui arrive à 96% du PIB, des structures obsolètes et rigides qui ne peuvent assurer le bouleversement lié à la révolution numérique.
La solution est le retour à la politique. Car la clef face au déclin actuel ne peut être que politique. Inutile de croire qu’il suffit de laisser les choses en l’état. Elles ne resteront pas en l’état. Le déclin, les Français ne le veulent pas, qu’elle que soit leur origine, basque ou réunionnaise, bretonne ou polynésienne, auvergnate ou calédonienne, petits enfants de tirailleurs sénégalais ou de harkis, dans leur immense majorité, cette France, ils en sont fiers. Ils la veulent grande et prospère, fidèle à son passé, tournée vers l’avenir.
Si au lieu d’un recrutement politique ouvert sur les énergies de la société civile, la classe politique joue sa reproduction, si, au lieu de réformes profondes bouleversant le système, le personnel politique poursuit ses réformettes de salon, alors les Français joueront la crise du système. L’échec des socialistes aux dernières élections, le demi-succès de la droite en raison de cet échec patent des candidats « centristes » et proches d’Alain Juppé, ne laisse aucun doute sur les conséquences de l’absence de courage. Car l’histoire de France le montre depuis plus de mille ans: les Français craignent plus la médiocrité que la crise.


JFC Morfin : Ouverture de la liste agora



J'active la liste "agora@cnrlib.fr" avec au départ le but d'en faire une liste d'accueil au CNRLIB (http://cnrlib.fr) dont on verra ce qu'il peut susciter (colloque dans le titre, probablement plus "cercle" dans la réalité). On en discute face à face avec Pierrick mercredi.

Mon idée est que ce que nous avons expérimenté depuis des années est une forme pratique d'approcher le grand changement de notre temps qu'est l'assistance de l'expérience commune dans la compréhension personnelle de chacun à travers

(1) des débats plus faciles, comme par mails, etc. qui nous obligent à énoncer par ecrit ce que nous divaguons (disons de façon vague) ce qui pousse à la synergie synchrone
(2) les outils informatiques qui nous facilitent tout cela par la contribution différée de leurs développeurs et
(3) nos habitudes de comportement en réseau qui nous donnent des métaphores comportementales nouvelles.

Tout cela n'étant qu'un début, à transformer par la réflexion via des débats, des outils des maillages nouveaux.

Nous sommes partis de la considération d'ISO 3166, du langage, des langues, du réseau, de ses contraintes topologiques, nous faisant passer de la pensée séquentielle logique à la pensée maillée agorique.

C'est à dire - en fait - des protocoles intercérébriques locaux aux unités nationales des personnes. A partir desquelles l'on peut rattacher les chercheurs, leurs recherches, les cultures, et les sciences. Cela nous fait revenir au vieil http://3166-7.org : nous avions besoin de la langue commune interscientifique de Leibnitz, aujourd'hui commune à la cérébique naturelle (cerveau, pensée, esprit), artificielle (ordinateur, logiciel, réseau) et au niveau intermédiaire de l'intellectuel (sémiotique, intellition, compréhension) dont les atomes communs sont le bit, le oui/non et la donnée, son traitement est mensiel/noogitiel (brainware), et sa cohérence "philotechnosophique", la norme architectonique des normalisations.

C'est en fait, avec bien des détours, ce après quoi nous courrons si l'on y réfléchit bien : le modèle architectonique à partager avec nos machines qui permette de nous et de les convaincre que dans le monde cohérent qui est le notre (hommes et machines) l'optimisation est que le patron soit l'homme, pas l'argent ni la machine.

En cela mon problème de base reste le même depuis 1986 : le passage de l'INTLFILE, mon fichier référentiel devenu le IANA, en une diktyologie (ontologie en réseau) plus ouverte, plus simple, plus robuste, plus générale que tout ce qui se fait actuellement qui est encore empêtré dans des technologies anciennes (bases de données au lieu d'espaces de données).

Je vois deux axes principaux pour avancer :

  1. réunir et approfondir du contenu. En particulier en simplexifiant [1] le contenu des normes ISO
  2. utiliser les contraintes imposées par ce contenu et les idées que sa diversité peut apporter pour dégager l'architecture de la connaissance partagée homme/machine qui peut en supporter la cognition et aider l'intellition [2]


  1. simplicité : ce qu'une personne peut comprendre seule. Complexité : simplification globale de la simplicité globale. Simplexité : simplification de la complexité particulière à un besoin.
  2. perception par l'intelligence. Information ce qui augmente la connaissance. Communication ce qui duplique la connaissance ailleurs. Intellition ce qui génère de l'information à partir de la connaissance.